Rencontre d'un autre type

Rencontre d'un autre type (extrait)


                                                                                                                        PRÉFACE


Ce livre est le témoignage vécu, la chronique d’une expérience rédigée au jour le jour. J’ai d’abord voulu conserver pour moi-même ma confrontation au tantrisme tibétain, tel qu’il s’est révélé à l’aune de ma conversion au bouddhisme et décrire pour m’en souvenir ce que cachent les initiations de cette tradition sous le couvert du Vajrayana. Il n’était pas d’abord destiné à être publié. Et puis les événements m’ont prouvé la nécessité d’exprimer tout haut la singularité du combat que j’ai dû affronter. Il sera question réellement de l’éveil de la Kundalini puisque j’ai eu la chance de le vivre mais aussi d’une connexion à distance avec le Dalaï-Lama et de la situation tout à fait hors normes qu’elle créa. Non pas donc, seulement, de cette véritable mutation spirituelle dont tous les textes sacrés ont parlé depuis l’Antiquité mais de bien autre chose. 
La transformation irréversible qui a abouti à l’éveil de la Kundalini proprement dit, condition sine qua non de l’Éveil parfait conduisant à la bouddhéité, pour utiliser les expressions de cette spiritualité, s’est déroulée sur de longs mois. J’y étais probablement destinée dès le début de mon existence. D’emblée, une chose est à mettre en exergue : ce sont les initiations reçues dans le bouddhisme tibétain et celle, décisive, avec le Dalaï-Lama, qui ont accélérées ce résultat avec ses beautés, ses joies, ses violences, ses souffrances et surtout, finalement, ses multiples interrogations. Sans elles, toute ma vie aurait été différente car j’aurais simplement continué mon parcours spirituel sans avoir à aborder une problématique qui, de prime abord, ne m’intéressait pas : celle de la vie extra-terrestre. 
Ce que j’ai désiré que l’on sache, c’est que les tentatives de contrainte, d’emprise corporelle et psychique, exercées par le « gourou » sur son initiée - en l’occurrence, le Dalaï-Lama -, sont réelles. L’inverse peut être vrai aussi car il y a bien des manières de résister !… A mon avis, il vaut mieux en être averti avant de se rendre à une initiation quelle qu’elle soit et surtout du bouddhisme tibétain. Personnellement, si j’avais compris ce qui allait se passer, je ne l’aurais jamais fait. Ces fameux « gourous » ne sont-ils donc pas capables de prévenir leurs futurs disciples ? Si seulement tous ceux qui l’on vécut pouvaient en témoigner, une illusion de plus tomberait. Sans doute se retrouvent-ils confrontés aux mêmes difficultés que moi. 
Mars 2001. C’est l’Eveil de la Kundalini proprement dit qui, dans ce contexte, faillit me tuer et en même temps me sauva définitivement. Que se passa-t-il donc ce jour-là ? Ou plutôt, car ce moment terrible est décrit plus loin, qu’est-ce qui est caché, en plus, dans le bouddhisme tibétain ? Pourquoi cette insistance sur le « secret », les « pratiques très profondes et très secrètes » ? Pourquoi, dans ce Vajrayana prend-on « Refuge dans le Gourou », avant même le Bouddha ? Qu’est-ce que ce fameux « yab-youm », vous savez, cette déité tibétaine qui représente un couple faisant l’amour, un « dieu », un « bouddha » uni à sa parèdre ? Qu’est-ce qu’ « utiliser le désir sur la Voie » ? Et bien, le secret, c’est qu’être initié par un gourou tibétain qui pratique ce genre vraiment très particulier de tantrisme - et c’est le cas du Dalaï-Lama -, c’est non pas vivre concrètement, existentiellement, comme dans les ashrams indous, l’irruption soudaine dans la colonne vertébrale d’une énergie jusqu’alors inconnue pour soi et son résultat, l’ouverture des chakras, ce qui est le propre de l’Éveil de la Kundalini mai bien sa tentative de perversion, dissimulée par ce que cette pseudo-déité représente symboliquement, c’est-à-dire la polarisation sur soi d’un « maître » dont les buts ne sont pas purement d’ordre religieux et à connotations très sexuelles. Il s’agit de posséder une personne humaine et d’essayer de la manipuler pour acquérir une autorité sur le monde.
Tous les mystiques ont connu l’ouverture de centres spirituels permettant à des énergies de s’infuser (comme l’Esprit-Saint par la Couronne, le sommet de la tête, que je reçu en 1984) et de communiquer directement avec cet invisible que certains appellent Dieu. Le Dalaï-Lama décide d’avance autre chose, sait que ses pratiques et ses rituels servent à autre chose, que l’autre ne peut pas le deviner, que c’est dangereux et que, tout simplement, cela risque de le conduire à la mort. D’évidence, il n’utilise pas les énergies spirituelles qui seules peuvent conduire au salut. Il ne sait pas ce que sait. Il se trouve que ces types d’énergies abolissent la sensation de la distance au point que se produit, au-delà du temps et de l’espace, les corps physiques étant loin les uns des autres, un échange entre les êtres. Au-delà du temps parce que la conscience a la capacité de communiquer à tout moment, en conservant le fonctionnement de l’intellect ordinaire, ce qui produit, en soi-même, une présence disponible dans une sorte de perpétuel présent… …et au-delà de l’espace, car les centres spirituels ouverts, les chakras, permettent le ressenti de choses - objets ou personnes - lointaines, visibles ou invisibles. Cette transmission « d’esprit à esprit », ce partage d’un vécu spirituel à distance sont connus de maintes traditions, celle du Zen par exemple. Le Dalaï-Lama était doué pour la télépathie. Moi aussi.
Par la volonté, l’intensité d’un désir de progrès spirituel, l’énergie invisible, dite de la Kundalini, finit par émerger de la base du canal central, à la base du tronc. Or, ce chakra-là, c’est, entre autres, le sexe, avec toutes les composantes de la volupté, de la vie et de la mort. Il n’est pas facile de parler d’une sexualité qui n’est vécue de cette manière que par de très rares personnes. Thérèse d’Avila, pour évoquer un nom bien connu, ne risquait pas d’entrer dans les détails à l’époque de l’Inquisition ! En revanche, en Inde notamment, les « deux fois nés » n’hésitent pas à réfléchir ouvertement sur la physiologie des mondes spirituels et sortent d’excellents livres sur un tantrisme moderne. Tant que l’Eveil parfait n’est pas atteint, - ce que l’on en imagine, du moins, car je ne sais même pas si c’est possible sur Terre, de son vivant ! -, demeurent bien des obstacles, dont une forme d’empêchement particulièrement contraignant produit par l’interdépendance tissée avec son propre environnement et souvent ne passe que la parole qui peut être supportée par l’entourage. N’oublions pas de dire la force agissante de cette parole sur la réalité lorsque, communiquant avec l’invisible, l’on s’exprime aussi normalement à l’extérieur. Alors, est-ce seulement pudeur de se taire à cause de l’idée fausse que l’on pourrait s’en faire ? Par expérience, je sais qu’il n’y a de secret que tibétain. Il est parfaitement possible de décrire ce genre d’états mystiques à notre époque qui a vu se dissiper pas mal d’illusions et d’interdits.
La Kundalini, ce Serpent lové qui peut se déployer, est une énergie jouissive qui décape l’inconscient et ses phantasmes, fait éclater les limites de l’égo, accroît rapidement les connaissances et détache progressivement, paradoxalement, du désir. Sur le chemin de cette extinction de toute souffrance dont parle le Bouddha, avant son éveil, c’est la pulsion de désir - Eros et Thanatos, Freud avait raison -, souvent génératrice de douleur, qui conduit le bal à travers les espérances et les passions du moi ordinaire. Par-delà cette mort qu’est l’éveil, mort à jamais en soi du bon vieil homo sapiens sapiens dûment répertorié, l’énergie, qui se retrouve joie d’un état naturel de plaisir, conduit l’être peu à peu transformé, dès cette terre, vers l’autre rive, celle des Bienheureux. La Voie, celle du Bouddha, c’est cet axe central situé à l’intérieur de la colonne vertébrale, axe du monde attachant la Terre au Ciel, qui relie également la personne, en sa propre vie, de ses propres enfers aux fins dernières promises dans toutes les traditions : le Paradis, la Vie Eternelle, la Délivrance. Les chakras de la conscience, Ajna (que d’autres ont appelé le troisième œil) et le Sahasrara (la Couronne) communiquent avec les autres chakras et, notamment, celui du sexe. Il n’y a pas de début dans la vie mystique sans amour et, lorsque cela va jusqu’à l’ouverture du canal central, sans amour sexuel avec le dieu que l’on s’est choisi. Cela dit, dans le bouddhisme, les choses ont toujours été claires : c’est l’orientation vers le bien et le détachement des attractions terrestres qui conduit à la délivrance. L’union mystique et ses plaisirs n’a jamais été considérée comme une fin en soi.
L’énergie issue de la Kundalini pose bien des difficultés. Elle peut handicaper socialement réellement mais, heureusement, plutôt sporadiquement. L’on ne peut pas faire ce que l’on veut avec, l’on est obligé de suivre son rythme et son style, qui sont déjà d’un autre monde. Il n’est pas commode d’affirmer devant les autres qu’elle est une réalité qui fait partie de vous et l’on est souvent confronté aux rejets des gens qui vous entourent dès que l’on aborde le sujet. Elle irradie à des centaines de mètres, repousse, fait peur ou attire irrationnellement, d’où le mal à en parler autour de soi. D’où, particulièrement en Occident, une difficulté extrême à l’étudier et pour les humains qui en sont habités, à en témoigner. Contrairement à ce que l’on croit, il en existe des témoignages disparates mais ils sont publiés deci delà et les études scientifiques sont rares. Ils révèlent pourtant, très clairement, d’évidentes similitudes dans le vécu concret de cet état, au-delà des différences inévitables générées par la disparité des lieux, des circonstances et des personnes.

Prenons quelques exemples dans le livre du psychanalyste bien connu Marc-Alain Descamps, « L’Eveil de la Kundalini » (Editions Alphée, 2005) : 
« 2. L’éveil de la Kundalini s’est fait pour Christina Grof pendant son accouchement : « … je sens soudain comme une digue qui se rompt quelque part à l’intérieur de moi : un flot d’énergies puissantes et inconnues se libère inexplicablement et commence à déferler à travers mon corps. /…/ Je me mets involontairement à respirer à un rythme étrange. C’est comme si je venais d’être frappée par une force miraculeuse, mais effrayante, qui m’excite et me terrifie à la fois. » (page 26). 5. La première fois, c’était après un stage de yoga en Bretagne. /…/ C’est quelque chose qui démarre en bas, tout en bas. Cela m’enveloppe et irradie et monte dans le bassin, dans tout le bassin. C’est à la fois un plaisir et une douleur. C’est un plaisir sexuel, mais pas seulement. Et je ne peux pas l’empêcher et cela prend de l’ampleur et j’y assiste. /…/ Je ne peux pas me retenir et j’ai peur de me mettre à hurler si cela continue, tellement c’est fort, comme dans un accouchement. J’en suis spectatrice, cela monte et me réveille et je suis obligée de me laisser faire. Une fois c’était comme une flèche qui monte et qui soudain se bloque au plexus, comme si elle butait sur quelque chose. Quand cela arrive au cou, c’est dans le dos à la vertèbre saillante, cela est sorti de là et comme une fumée c’est monté derrière ma tête. /…/(S.M., pages 28-29) 6. Je m’étais préparé sérieusement à affronter les « visions » par un long travail de contrôle de mes peurs. Pensant aux risques encourus, j’avais mis en ordre tous mes papiers, pris une assurance sur la vie, et attendu les trois ou quatre mois de franchise. Je suis alors allé à M… et me suis placé la nuit, assis sur un tabouret pour les voir, quels qu’ils soient. Au lieu de cela, à mon grand désespoir, j’ai senti une sorte de caresse pulsatoire montant du bas de ma colonne vertébrale. /…/ Je me suis alors dit : Zut, cela attaque dans mon dos de façon imprévisible et j’étais inquiet et au désespoir en ayant le sentiment d’être le jouet de forces incompréhensibles. (L.A., page 29) 10. J’avais vu un lama tibétain en rêve et quelques années après, j’ai pu le rencontrer. Il s’est alors produit un phénomène dont les effets n’ont eu lieu que les vingt-quatre heures suivantes. Il m’a reçu sans parler et je suis restée en méditation pendant environ une heure. Et le lendemain j’ai ressenti des phénomènes étranges dans mon crâne, comme des décharges électriques et de la lumière de plus en plus fort. Et au fur et à mesure, j’ai ressenti une sensation intense à la base de la colonne vertébrale, mais sans douleur. C’était intense et cela a grandi et m’a fait changer d’état de conscience, comme s’il intensifiait un champ d’énergie cérébrale. Et pendant six mois, j’ai vécu dans un état de non-dualité, ne pouvant rien faire que méditer sans trouble toute la journée. Et depuis je me mets en résonance avec les champs d’énergie des personnes, tout de suite et malgré moi. (M.J., pages 31-32) 11. J’avais l’impression d’être en feu ou de brûler vif et j’ai enduré des sensations de lumière si brillante qu’elles étaient horriblement douloureuses. J’ai souffert d’affreuses visions et je suis tombé dans les profondeurs les plus obscures du désespoir et de la dépression. Malheureusement, j’ai été forcé d’endurer cette souffrance tout seul pendant presque trois ans parce que je ne trouvais personne qui comprenne ce que je vivais. /… / (Médecin californien, page 32) 14. Shiva Baba met sa main sur ma fontanelle quelques instants et tout bascule soudainement. Je suis comme ébranlé. /…/ Je sens une douleur dans le bas de ma colonne vertébrale, puis la sensation d’une énergie toute puissante qui monte et s’élance pour ensuite sortir par le haut de ma tête. L’image d’une cheminée qui fume apparaît dans mon esprit. Je suis cette cheminée, j’ai l’impression que la fumée sort par le haut de ma tête, comme si celle-ci était percée et grande ouverte. Des flammes s’élancent à partir du bas de ma colonne vertébrale. Un état de paix, de joie et de bonheur s’empare de mon esprit. Je rayonne de partout l’amour divin. /…/(Marc G., pages 34-35) 16. Cela s’est fait très progressivement lors des stages de yoga en Bretagne. La première fois sous forme d’une décharge électrique dans le sacrum. L’année suivante l’énergie est montée jusqu’à mon plexus solaire avec plus de force. Pour la troisième année, elle est montée jusqu’à la gorge. Enfin elle est arrivée dans la tête au quatrième stage. /…/ J’ai toujours eu beaucoup de patience, dans la confiance totale. Dès le début, j’ai entendu un bruit très fort dans les oreilles, c’était comme un sifflement Je m’endors en fait avec ce bruit et à quatre heures du matin il devient un sifflement strident qui me réveille. Je dois alors me lever. Je remercie la Déesse de sa venue, je lui parle et je fais l’amour avec elle physiquement. Chaque nuit, j’attends le rendez-vous./…/ (M.C., page 35-36)  ».

Ce ne sont que quelques exemples, je l’ai dit. Un grand nombre de mystiques ayant connu cet état jusqu’à nos jours, quel est le secret, réellement, du bouddhisme tibétain ? Quelle est la spécificité du Dalaï-Lama ? Les centres spirituels, énergétiques, de la conscience et du sexe sont donc, nous l’avons vu, reliés l’un à l’autre. Il en est ainsi pour tout le monde. La « pratique très profonde » et, forcément, « très secrète », c’est une tentative de fusion, qu’il veut d’ordre également sexuel, un projet d’union avec sa propre personne, à son profit et qui peut durer des mois, voire des années avant d’arriver à s’en libérer, – ce qui est mon cas, je vous rassure tout de suite ! La magie tibétaine est utilisée, grâce au contexte d’un peuple assez largement primitif, dans un but d’appropriation de la planète par l’asservissement de l’autre et son impact est beaucoup plus grave que les gens ne l’imaginent. Lorsque j’ai commencé à pratiquer le bouddhisme tibétain, j’ai écarté d’emblée tout ce qui pouvait relever de l’étrange ou faire référence aux « extra-terrestres ». Et bien, je me suis trompée car c’est incontournable avec « Sa Sainteté » et la connexion avec cette problématique se fait malgré soi, que cela vous plaise ou pas ! Evidemment, je suis loin d’avoir tout compris et tout exploré. Il serait également trop long d’entrer dans tous les détails ici et d’autres livres suivront, je l’espère, pour approfondir.
Ce texte n’est qu’un simple Journal et je ne l’ai retouché que pour le rendre plus compréhensible. C’est un document qui n’a aucune prétention littéraire. Il décrit simplement, à chaud, l’un des évènements les plus stupéfiants qui puisse arriver à quelqu’un - l’éveil de la Kundalini -, mais aussi et surtout, le contact avec une personne dont je pense qu’elle n’appartient pas à l’espèce humaine de la même manière que nous. En me relisant maintenant, je demeure sidérée par l’aveuglement que révèle la première partie de mes écrits. C’est même pour ça que je pense que mon témoignage est précieux. Il y a un avant et un après éveil. Dans la compréhension limitée que me donnait un corps qui sentait bien des choses, certes, sans être capable de le déchiffrer vraiment, j’accordais une confiance totale au bouddhisme tibétain et à ce maître qui était capable de telles performances télépathiques. Seulement, l’on ne ment pas à des chakras ouverts. Ils distillent immédiatement la vérité et les choses apparaissent alors telles qu’elles sont. L’éveil de la Kundalini s’est fait pour moi malgré le Dalaï-Lama d’abord puis contre lui ensuite.
Oui, j’ai été comme vous, je l’ai aimé. Moi aussi, j’ai essayé de pratiquer sincèrement en suivant les « instructions » que je recevais. Comme tant d’autres, j’ai totalement succombé à la prodigieuse hallucination qu’il a répandu autour de lui et avec quel succès ! sur la planète. Occidentale, j’ai eu la chance de points de comparaisons grâce à ma culture, la chance d’un contexte qui m’a sauvée, la chance de la liberté. Mais une chose est sûre maintenant, j’ai croisé un jour un autre Univers au détour d’une initiation tibétaine et j’ai acquis la conviction que là se tenait, dans sa totale étrangeté, bien caché sous sa robe de moine, l’ « Alien » le plus célèbre du moment, Tenzin Gyatso, XIVème Dalaï-Lama.
Ce livre est aussi publié pour les tibétains qui savent bien, de toute façon, que, spirituellement, c’est le Bouddha qui sauve et, sur terre, les Droits de l’Homme ainsi que pour tous ceux qui ont envie de pratiquer un bouddhisme authentique sans être confrontés d’emblée au pire.

© Marianne Marti 2022
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